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PARIS – La robe dite « à la française » et ses élégants plis dans le dos, symbolise à elle seule la mode de la seconde partie du XVIIIe siècle. La France dicte alors sans conteste le « goût » au reste de l’Europe. La vente de textiles anciens et de mode de Thierry de Maigret, composée de 428 lots, propose un bel ensemble de costumes et d’accessoires
typiques de la toilette de cette période.

Parmi les pièces remarquables, 3 robes « à la française » :

• l’une d’origine lyonnaise, vers 1750-1760, composée d’un manteau et d’un jupon en épais lampas. Grâce à une conservation très soignée, cette robe a conservé tout le « craquant » de la soie naturelle et les couleurs vives de son décor fleuri. L’étoffe est très épaisse et typique de la grande fabrique lyonnaise qui établit sa suprématie à la fin du XVIIIe siècle. (4 000 / 6 000 €) ;

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Robe à la française en lampas broché, Lyon, vers 1750-1760. Estimation : 4 000 / 6 000 €. Photo Thierry de Maigret

Manteau et jupon en épais lampas de soie brochée polychrome, fond cannetillé crème et vert changeant. Décor à rivière de fleurs de volubilis mauve et roses ondulant parmi de grandes plumes stylisées. Dos plissé «à la Watteau», corsage à compères agrafées orné de falbalas bouillonnés. Parements en re-lief soulignés d’une crête de soie crème ponc-tuée de mèches de soies polychromes dites «sourcil de hanneton», manches pagodes à simple engageante. Jupon complet sur panier avec fentes latérales de poche, ourlet orné d’un large volant de falbala. Superbe soie très épaisse tissée dans les largeurs requises par la Grande Fabrique lyonnaise, ayant conservée tout son craquant et la vivacité des couleurs d’origine.

Dessin très proche pour une robe en satin façonné dans les collections du Kyoto Costume Institute (inv.AC 5373 86-18-4AC)

• l’autre pour jeune fille, vers 1770, en pékin broché rose pâle. Cette pièce se distingue par la qualité de ses nombreux agréments de mèches de soie assortis et la conservation de falbalas en dentelle blonde aux fuseaux. (6 000 / 8 000 €) ;

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Robe « à la française » pour jeune fille, vers 1770. Estimation : 6 000 / 8 000 €. Photo Thierry de Maigret

Pékin broché rose pâle, fond taffetas rayé en poil traînant broché en soies polychromes de petits bouquets de roses écloses ou en boutons. Manteau à compères boutonnés sur le devant, orné sur le dé-colleté et le long des pans extérieurs de falbalas en dentelle Blonde aux fuseaux et deux rangs de sourcils de hanneton en mèches de soie vieux-rose. Doublure en lin sur le corsage. Manches pagodes à double engageantes soulignées de crête en soie. Hauteur du manteau: 155 cm. Jupon complet orné à mi-hauteur d’un bouillonné de tulle de soie et de blonde aux fuseaux, d’un petit volant plissé et crête de sourcils de hanneton rose sur le bas. H: 80 cm (lien d’attache changé, deux petites taches et auréoles au dos et dans le bas, très bel état de la soie et des parements)

• la troisième en pékin broché, vers 1765-1770, conclut le chapitre des costumes du XVIIIe siècle. Cette robe se distingue par sa couleur pamplemousse et ses falbalas bouillonnés en « bonbon » rembourrés de ouate de coton, soulignés d’un galon de soie velouté ton sur ton appelé fil chenille. (5 000 / 8 000 €).

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Robe « à la française » en pékin broché, vers 1765-1770Estimation : 5 000 / 8 000 €. Photo Thierry de Maigret

Manteau et jupon en pékin fond satin pamplemousse rayé crème, petits bouquets de fleurs brochés en soie verte et ivoire. Manteau à plis Watteau et compères intérieures agrafées. Falbalas et manches à engageantes à double volant soulignés d’une crête en chenille de soie jaune-orangée. Beaux parements bouillonnés en «bonbon» rembourrés de ouate de coton. Hauteur du manteau intégralement doublé de soie: 161 cm. Jupon complet et fentes de poches ornées de crête en che-ville. Doublé de bougran de ton abricot. Parements de falbalas plissés et rembour-rés. Hauteur: 85 cm (état superbe)

Autre pièce exceptionnelle par sa rareté :

• un bonnet de nuit pour homme, exécuté vers 1600 et provenant vraisemblablement d’Angleterre, où cet accessoire se multiplie sous le règne d’Elisabeth Ière. Élément du costume dit d’intérieur, appelé aussi déshabillé, il est à rapprocher des blackwork embroideries en laines monochromes. Toutefois, il s’en distingue par les motifs de la faune et la flore exotiques mis à la mode par la Compagnie des Indes Orientales. (1 000 / 1 300 €).

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Très rare bonnet de nuit pour homme, Angleterre (?), vers 1600. Estimation : 1 000 – 1 300 €. Photo Thierry de Maigret

Lin écru brodé au point lancé en laine bleu marine. Flore et faune exotiques (oeillet, autruche ?) disposés sur les 4 quartiers du bonnet et le revers constituant la passe. Tailles et bordures soulignées d’un fin galon de dentelle aux fuseaux (nombreux manques de fils dont la trace se dessine sous forme de piqûres d’aiguille). Contrairement à ce que laisse supposer son appellation, ce type de bonnet très en vogue en Angleterre, à la fin de la période Elizabethaine, n’était pas porté au lit mais chez soi comme «déshabillé» avec des vêtements dits d’intérieur

La vente propose plusieurs lots provenant d’une garde-robe ayant appartenu à la famille de Pons de l’Oliverie (famille aristocrate, originaire de la région d’Angoulême), dont la pièce maîtresse est :

• une robe redingote de 1787. Inspirée des manteaux masculins venus d’Angleterre, ce vêtement est un modèle plein d’élégance notamment grâce au détail des quatre boutons ornementaux qui viennent ponctuer la chute de reins. Bien conservée, elle possède encore sa doublure d’origine en satin. (3 000 / 4 000 €).

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Superbe robe redingote, vers 1787. Estimation : 3 000 – 4 000 €. Photo Thierry de Maigret

Satin de coton et soie gris charbon à bandes gris clair ponctué d’une rayure verticale en satin ombré jaune citron et rouge. Corsage baleiné à l’anglaise pour le dos, fermé devant par des compères à double boutonnage. Ample double col ouvert formant capelette sur les épaules, manches longues coudées avec revers et gros boutons recouverts en pareil aux poignets (restes de dentelle blonde aux fuseaux). Jupe monté à petits plis serrés, 4 gros boutons ornementaux viennent ponctuer la chute de rein et la tournure (doublure d’origine en satin crème conservée, un revers de col manquant).

Provenance: Famille du Pont de l’Oliverie. Mensurations identiques à la robe 257. Robe similaire dans la coupe et l’étoffe du modèle (M. 2009.120) du LACMA reproduit p. 82-83. de «Fashioning Fashion, European dress in detail

La collection offre d’autres modèles caractéristiques de la mode insufflée par Marie Antoinette à l’instar de plusieurs robes d’hiver à l’anglaise. L’une d’elle avait pour fonction d’accommoder une grossesse grâce à une taille et une poitrine ajustable (1 500 / 3 000 €).

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Rare robe redingote modifiée pour accommoder la grossesse, vers 1790. Estimation : 1 500 – 3 000 €. Photo Thierry de Maigret

Taffetas de soie changeante vert olive. Manteau à dos baleiné à l’anglaise et plis marqués, beau double col châle chantourné en aile de chauve-souris et souligné d’un galon en taffetas Chiné à la branche. Corps intérieur souple à lacer, terminé en pointe sur le devant à basques découpées et galonnées de satin rayé. «Sur-robe» réunie aux côtés du corsage baleiné avec taille et décolleté ajustables sur 3 hauteurs différentes par des rubans de soie passés dans des fronces permettant de donner de l’aisance au ventre et à la poitrine durant la grossesse. Manches longues ajustées à revers bou-tonnés soulignés de satin rayé (doublure taffetas rayé pastel ombré, déchirures au dos du col, usures sous les bras, reprises anciennes).

Provenance: Garde robe de la famille de Pons de L’Oliverie (région d’Angoulême). Il n’existe pas à notre connaissance, de modèle comparable conservé dans les collections

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