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Delahaye 135 M cabriolet 1938. Estimation  €150,000 – 200,000. Photo Bonhams.

Carrosserie Langenthal – Châssis n° 6S103 – Moteur n° 6S103

En 1932, la marque Delahaye est à la recherche d’un second souffle, habituée jusqu’alors à produire de bonnes et solides voitures bourgeoises, mais aussi et surtout des utilitaires et poids-lourds. Fondée en 1832 par Emile Delahaye, la marque est d’abord installée à Tours, en Indre-et-Loire, puis délocalisée au 10 de la rue du Banquier à Paris en 1898 lors du rachat de l’entreprise par Georges Morane et Léon Desmarais. Ces derniers développent considérablement la production et l’orientent principalement vers deux axes, d’un côté la fabrication d’automobiles de haut de gamme et de l’autre celle de poids-lourds dont la production constante et régulière ne manquera pas de soutenir à plusieurs reprise la production automobile plus aléatoire.

En 1930 survient la crise économique qui frappe de plein fouet la production automobile française. La marque Delahaye n’a pas les moyens financiers suffisants pour espérer changer radicalement de production mais décide de s’orienter vers des modèles plus prestigieux et élitistes que la gamme proposée jusqu’alors qui tout en offrant d’indéniables qualités de fiabilité et robustesse manquait singulièrement de personnalité. La volonté affichée dès lors est, comme le cite l’historien Marc-Antoine Collin dans son excellent ouvrage consacré au modèle 135, « Faire moins de voitures mais de meilleures, gagner des compétitions pour faire connaître la marque et vendre des voitures plus luxueuses et plus chères ».

Dès 1935, la Delahaye 135 va devenir en quelques mois le symbole de la voiture sportive de luxe, d’autant que la marque, tout en conservant une gamme de carrosserie de série, va largement ouvrir sa production aux carrossiers de renom. Auréolée de nombreuses victoires en compétition, la Delahaye 135 devient vite la coqueluche d’une clientèle bourgeoise qui consomme sans compter et confie très souvent le châssis 135 à un carrossier afin de posséder et arborer une carrosserie unique.

Techniquement, la Delahaye 135 est animée par un brave et classique moteur à six cylindres en ligne de 3 557 cm3 provenant de la production utilitaire de la marque. Il dispose de deux soupapes par cylindres et développe la puissance de 145 ch à 4 000 tr/mn. Ce dernier est installé entre les bras d’un non moins classique châssis formé de deux longerons principaux selon le principe Bloctube emprunté à Peugeot, peu renommé pour son audace technologique. La modernité de la Delahaye 135, il faut la trouver dans ses roues avant indépendantes et surtout dans l’excellent mariage du solide châssis avec le moteur, qui forment un ensemble d’une grande cohérence. L’empattement du châssis est de 2,95 m.

Environ 150 châssis de Delahaye 135 furent préparés à destination de la Confédération Helvétique. Plusieurs carrossiers helvétiques en firent usage, dont Graber, Worblaufen et Langenthal.

Cette dernière carrosserie résulte en 1929 de l’ancienne firme Fritz Grogg. Au début, sa production consiste en la fabrication de voitures de tourisme et de camionnettes sur des châssis bon marché, puis ensuite de cabriolets de luxe sur châssis américains, ou français dont Hispano-Suiza et Delahaye. La carrosserie Langenthal réalisera plusieurs carrosseries sur châssis 135 avant et après guerre. A partir de 1950, la carrosserie Lagenthal abandonna la réalisation de carrosseries automobiles.

Le style de la carrosserie réalisée par Langenthal sur ce châssis 135 numéroté 800 522 fait preuve d’une grande modernité en regard des réalisations fort lourdes de certains carrossiers français comme Figoni ou Saoutchik ou au contraire très conservatrices comme les réalisations d’Henri Chapron de la même année. Les phares et les longues-portées sont intégrés aux ailes et installés relativement bas. Tandis que le traitement de la poupe fait preuve d’une élégante fluidité. Le tableau de bord est en tôle peinte imitant le bois précieux. Les quatre sièges et les garnitures latérales sont habillés de cuir vert d’origine et le plancher est équipé d’une moquette de laine beige.

La voiture est en bon état de présentation et de fonctionnement. Elle dispose de son moteur d’origine type 6S103 de numéro identique à celui du châssis, ainsi que de sa carte grise française. Ce superbe cabriolet dû à un carrossier réputé mais peu répandu, sur un châssis classique dont la réputation n’est plus à faire, est un fort bel exemple des réalisations d’exception qui pouvaient voir le jour dans cette période fastueuse de l’automobile.

1938 Delahaye 135 M cabriolet – Coachwork by Langenthal – Chassis no. 6S103 – Engine no. 6S103

In 1932, the Delahaye brand was in search of a new lease of life. Up to that point it had been accustomed to producing good, solid cars for the middle classes, but also, and above all, commercial vehicles and heavy trucks. Founded in 1832 by Emile Delahaye, the brand was first set up in Tours, in Indre-et-Loire, and then moved to 10 rue du Banquier in Paris in 1898 when the business was bought by Georges Morane and Léon Desmarais. They made significant developments in production and focused mainly on two key areas: firstly the production of top of the range cars, and secondly heavy trucks whose constant and regular production was guaranteed to consistently support the more unstable production of cars.

1930 saw the economic crisis which hit French car production very hard. The Delahaye brand did not have sufficient financial means to expect radical changes to production, but decided to focus on models which were more prestigious and elitist than the range they had offered up to then, which while offering the undeniable qualities of reliability and robustness, was significantly lacking in character. Their intention from then on, as stated by historian Marc-Antoine Collin in his excellent work on the model 135, was « To make fewer cars, but better ones, to win competitions to get the brand known and sell cars which are more luxurious and more expensive. » 

From 1935, the Delahaye 135 would become, within several months, the symbol of a luxury sports car, all the more so because the brand, while maintaining a range of mass produced body work, went on to largely offer its production to renowned body work specialists. Basking in the glow of numerous competition wins, the Delahaye 135 quickly became the icon of a middle class clientele which consumed without counting and very often entrusted the 135 chassis to a body work specialist in order to own and show off unique body work. 

Technically, the Delahaye 135 is powered by a nice, classic 3,557 cm3 six cylinder inline engine which came from the brand’s commercial production. It has two cylinder valves and reaches power of 145 hp at 4,000 rpm. This is installed between the arms of an equally classic chassis, made up of two main side frames according to the Bloctube principle borrowed from Peugeot, which was not well known for its technological innovation. The modernity of the Delahaye 135 must be seen in its independent front wheels and in the excellent marriage of the solid chassis with the engine, which forms a very consistent whole. The wheelbase of the chassis is 2.95m. 

Around 150 Delahaye chassis were sent to Switzerland. Several Swiss body work specialists made use of them, including Graber, Worblaufen and Langenthal. The latter body work specialist was created in 1929 from the previous firm Fritz Grogg. At the beginning its production consisted of making private cars and vans on cheap chassis, and later luxury cabriolets on American or French chassis, including Hispano-Suiza and Delahaye. The body work specialist Langenthal produced several bodies on 135 chassis before and after the war. From 1950, Langenthal abandoned the production of car body work.

The style of the body work produced by Langenthal on this 135 chassis numbered 800 522 is evidence of great modernity compared to the very heavy creations of some French body work specialists such as Figoni and Saoutchik, or very conservative creations like those of Henri Chapron from the same year. The headlamps and fog lamps are built into the wings and installed relatively low. The treatment of the stern is evidence of an elegant fluidity. The dashboard is in sheet metal painted to imitate precious wood. The four seats and the side upholstery are covered with original green leather and the floor has a beige wool fitted carpet. 

The car is well presented and in good operating condition. It has its original 6S103 type engine with the same number as that of the chassis, and French registration documents. This superb cabriolet, thanks to its well known but uncommon body work, on a classic chassis whose reputation is well-established, is a very good example of the exceptional creations which were able to be produced during this period of luxury in the motor world. 

BONHAMS. LES GRANDES MARQUES DU MONDE AU GRAND PALAIS, 5 Feb 2015 14:00 CET – PARIS

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