Étiquettes

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Photo 1 d'appel

Affiche. Les Routes bleues : périples d’une couleur de la Chine à la Méditerranée

LIMOGES – L’exposition Les Routes bleues : périples d’une couleur de la Chine à la Méditerranée est présentée au Musée national Adrien Dubouché du 27 juin au 13 octobre 2014.

Cette exposition est l’occasion unique d’associer plus d’une centaine d’oeuvres exceptionnelles – porcelaines, peintures, sculptures, textiles, bijoux et parures – issues de collections nationales prestigieuses, avec des oeuvres contemporaines d’artistes de renommée internationale.

Les Routes bleues se proposent de guider le voyageur sur les routes mythiques du bleu et dans les profondeurs de cette couleur fascinante, à travers l’histoire des civilisations et des matériaux. Le parcours, organisé en huit sections, est porté par une
scénographie épurée et surprenante envisagée comme un paysage.

Le bleu semble marqué du sceau de l’Orient. Alors que le Proche-Orient et la Chine le tiennent en haute considération depuis des temps reculés, l’Occident ne lui conféra ses lettres de noblesse qu’au tournant des XIIe et XIIIe siècles.

Le bleu serait-il une couleur orientale ? C’est en tous les cas des lointaines contrées de l’Est que provenaient le lapis-lazuli, la turquoise ou encore les précieuses porcelaines de Chine. De même, avant les révolutions technologiques survenues au XVIIIe siècle, la plupart des matières colorantes servant à obtenir la couleur bleue, comme l’indigo ou le cobalt, étaient importées d’Orient.

L’exposition s’intéresse aux techniques et aux matières premières minérales et végétales qui permettent d’obtenir du bleu et met en lumière les échanges commerciaux, artistiques et culturels suscités par cette couleur. Le bleu a une histoire, que Les Routes bleues se proposent de retracer.

L’exposition a pour volonté de s’attacher à un vaste espace géographique et culturel et de s’inscrire dans le temps long, allant du IVe millénaire avant J.-C. jusqu’à nos jours. Consciente que la perception de la couleur est un phénomène culturel, l’exposition entend également analyser l’univers symbolique qui entoure le bleu à différentes époques et en différents lieux.

Les oeuvres présentées dans l’exposition stimulent la curiosité, provoquent la surprise et suscitent l’émotion des visiteurs. Toutes sont les témoins des liens qui unissent les peuples du bassin de la Méditerranée et de l’Extrême-Orient.

La-Route-bleue_13

Tarek al-Ghoussein, Untitled (C-Series), 2007 © Galerie The Third Line, Dubaï

Le bleu et nous

La première section du parcours retrace l’histoire du bleu en Occident et s’ouvre sur une paire de vases monumentaux en porcelaine de Limoges à couverte « bleu de four », un bleu intense indissociablement lié à l’histoire industrielle de la ville et qui fit la renommée de sa production.

L’omniprésence du bleu, totalement intégré dans notre quotidien, pourrait nous faire croire qu’il est une couleur éternelle. Pourtant, la popularité du bleu en Europe et dans le monde occidental est un phénomène relativement récent. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’il devient la couleur majoritaire dans le costume, tant masculin que féminin. Au XIXe siècle, le bleu poursuit son ascension spectaculaire jusqu’à devenir une couleur emblématique de l’art moderne. La toile de Vassili Kandinsky, Bleu de ciel, en est l’une des plus belles représentations. Le bleu incarne depuis le progrès et la modernité. Bleu comme le ciel et la mer, il est la couleur de l’horizon, de la liberté et du rêve, des valeurs maîtresses denotre société contemporaine.

image (3)

Vassily Kandinsky, Bleu de ciel, 1940. Huile sur toile © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

Bleu lapis-lazuli

La deuxième étape est consacrée au lapis-lazuli. Cette pierre bleue a fait l’objet d’un véritable culte et d’un intense commerce international attesté dès le IVe millénaire avant notre ère. C’est de l’Iran que provenait le lapis-lazuli utilisé dans l’Égypte pharaonique.

L’approvisionnement en lapis dépendait ainsi des bonnes relations avec les royaumes de l’Est. Chaque objet présenté dans cette section témoigne de l’utilisation de cette pierre précieuse dans les civilisations du Proche-Orient ancien et de l’Égypte pharaonique, qui en faisait l’attribut des dieux et des rois.

Fait moins connu, le lapis-lazuli a également été utilisé comme pigment pour les peintures, fresques murales ou manuscrits tant en Orient qu’en Occident. Parce que rare et coûteuse, l’utilisation du lapis-lazuli révèle la préciosité et le prestige de ce bleu. En Occident, il véhiculait un exotisme ancré dans un Orient fantasmé.

09-537404

09-537403

Colombe en lapis incrustée d’or, Suse (Iran), époque médio-élamite. Lapis-lazuli et or. Hauteur : 6 cm environ. Musée du Louvre, département des Antiquités orientales Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

Bleu turquoise

S’il est une couleur insaisissable, cela pourrait être le « bleu turquoise ». Est-il du bleu,
est-il du vert ? En français pour le nommer, on utilise le nom d’une pierre fine, la turquoise, et il semble que les anciens Égyptiens faisaient de même.

Les peuples de l’Antiquité ont raffolé de cette pierre dense et dure dont les plus beaux exemplaires provenaient des carrières du Sinaï ou d’Iran et cristallisaient les rêves de richesse et de grandeur, les espoirs de prospérité et de fécondité.

Le bleu turquoise a également été une couleur employée très tôt dans l’art de la céramique. Obtenue à partir de l’oxyde de cuivre, un matériau très répandu, le turquoise est sans doute l’une des plus anciennes couleurs des arts du feu : très simple à produire et à utiliser, et disponible en abondance, le bleu turquoise a recouvert de nombreuses céramiques produites en Orient.

Aujourd’hui, avec ses « turquoises », la céramiste Sandra Zeenni rend hommage auxanciennes poteries phéniciennes. Cette oeuvre contemporaine nous laisse penser que les objets exposés viennent d’être exhumés de fouilles archéologiques. Sandra Zeenni nous ramène à cette utilisation aussi lointaine que contemporaine du bleu turquoise et à la fascination qu’il exerce sur les artistes.

dbfb04c215

Médaillon en forme de fleur de lotus, Tibet est, XVIIIe ou XIXe siècle – © RMN-Grand Palais

Bleu et blanc

L’histoire des décors « bleu et blanc » est une véritable épopée commerciale dans laquelle il est facile de deviner la première esquisse de l’économie mondialisée que nous connaissons aujourd’hui.

Dans l’imaginaire collectif, la porcelaine à décor « bleu et blanc » est une expression emblématique de l’art chinois. Pourtant, c’est dans le monde islamique qu’apparurent les premiers décors en « bleu et blanc », aux IXe-Xe siècles. L’oxyde de cobalt était alors apposé sur un nouveau type de céramique, la faïence, qui cherchait à imiter les porcelaines blanches chinoises.

La Chine, qui s’est très tôt attachée à l’exportation de sa production, a commencé à produire des décors « bleu et blanc » à partir du XIVe siècle, sous la dynastie Yuan, et importait d’ailleurs le cobalt d’Iran, appelant le bleu qui en était issu « bleu musulman ».

C’est bien le succès considérable de la diffusion des porcelaines chinoises à décor « bleu et blanc » vers le monde islamique puis vers l’Europe qui incita l’Occident à chercher à percer les mystères de cette matière. Parvenues en Europe, notamment grâce à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, ces porcelaines ont provoqué à partir du XVIIe siècle un immense engouement et ont donné lieu à de multiples imitations et réinterprétations, telles les faïences de Delft, les fines céramiques d’Iznik ou encore les différentes productions d’Iran.

e30f391c06

Plat « au baizi », fours de Jingdezhen (Chine), milieu du XIVe siècle (dynastie Yuan) © RMN-Grand Palais (Limoges, Cité de la céramique) / Martine Beck-Coppola

Exposition-Les-routes-bleues-au-musee-national-Adrien-Dubouche-a-Limoges_gallery_carroussel

Gourde impérial bian hu, Ateliers impériaux, Jingdezhen (Chine), règne
de Qianlong (1736-1795). Porcelaine émaillée, 45,5 x 31 cm. Sèvres, Cité de la céramique.

10-CULT_1464-MUSEEDUBOUC_GJE-04

Plaque ovale, Delft (Hollande), XVIIe siècle. Faïence, décor peint au bleu de cobalt © RMN-Grand Palais (Limoges, Cité de la céramique) / Tony Querrec

Bleu indigo

L’indigo occupe une place prépondérante dans l’histoire de la teinture des textiles. Le succès du blue-jean à partir du milieu du XXe siècle – bien que son bleu puisse être obtenu à partir d’un indigo de synthèse – témoigne de la permanence de l’indigo.

Le bleu indigo est obtenu à partir des plantes de la famille Indigofera, en particulier de l’Indigofera tinctoria originaire de l’Inde, et du pastel cultivé en Europe depuis le Moyen Âge. L’indigo se forme à partir de la macération de feuilles dans l’eau et de l’action de l’oxygène dans l’air. Connu depuis le Néolithique et utilisé en Asie pour la teinture des textiles, il est très tôt un produit d’exportation vers l’Europe.

L’exposition dévoile les différents usages de l’indigo dans l’Égypte copte ou le mondeislamique, et accorde une place importante aux textiles venus d’Asie grâce aux prêts du Musée national des arts asiatiques – Guimet.

La-Route-bleue_08

Robe dragon (Lonpao), Dynastie Qing (Chine), XIXe siècle – © RMN-Grand Palais

image (4)

Veste d’homme, culture Dong, Chine, XIXe ou XXe siècle. Coton teint à l’indigo © RMN-Grand Palais (Musée Guimet, Paris) / Michel Urtado

Bleu et or

L’association d’un bleu intense et de l’or fut particulièrement prisée dans le monde islamique. Son attestation la plus ancienne remonte au IXe siècle : il s’agit du fameux Coran Bleu, un coran monumental écrit en lettres d’or sur un parchemin teint à l’indigo. Sur les textiles, la céramique, les manuscrits, le bleu et l’or sont associés, toujours dans le cadre de réalisations de prestige.

image (5)

Mounir Fatmi, Labyrinthe n°5 (Triptyque), 2012. Collage avec tapis de prière © Keitelman Gallery, Bruxelles

Le langage du bleu

La sixième section de l’exposition explore les significations du bleu dans plusieurs sociétés extra-européennes. S’appuyant en particulier sur la symbolique des bijoux chinois en plumes de martin-pêcheur et la représentation des divinités à la peau bleue en Inde, l’exposition démontre que la perception de la couleur est un phénomène hautement culturel. Contrepoint contemporain et confrontation entre deux bleus, non plus minéral ou végétal, mais animal, l’oeuvre de Platon Alexis Hadjimichalis, Les Pensées bleues, représente une nuée de papillons exotiques aux ailes d’un bleu profond. Placée face aux ornements de coiffures décorés de plumes de martin-pêcheur chinois, ces oeuvres témoignent de l’audace avec laquelle l’artiste et l’artisan s’approprient le reflet furtif de l’animal en vol.

IMG_Platon

Platon Alexis Hadjimichalis, Les Pensées bleues, 2013, technique mixte et Morpho Didius (papillons), Collection Fondation Boghossian, Bruxelles. © de l’artiste

Bleu de l’horizon

Associé à l’eau et à la mer, le bleu est aujourd’hui perçu comme la couleur des grands espaces pleins de promesses et de liberté. Couleur de l’horizon, il est autant porteur d’espoir que d’incertitude et symbolise l’infini.

Cette section de l’exposition évoque le rôle du bleu dans le paysage japonais, notamment dans l’art de l’estampe. Le propos repose ensuite essentiellement sur une sélection d’oeuvres contemporaines, qui nous livrent une vue empreinte de poésie et de liberté.

Image d’un ailleurs possible, d’évasion, de transgression des frontières matérielles ou symboliques, le bleu révèle ici toute sa fragilité, tant dans son emploi que dans sa perception.

image (6)

Kuniyoshi Utagawa (1797-1861), Teppôzu, pêcheurs, Japon. Estampe, nishike-e, papier imprimé © RMN-Grand Palais (Musée Guimet, Paris) / Harry Bréjat

5b9500098cdc5ee9b7b5f92cd2e5980b

Miyashita Zenji (né en 1939), Vase bleu, décor en superposition, Kyoto, Japon. Grès porcelaineux © Droits réservés © RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) / Martine Beck-Coppola

image (2)

Carreau de revêtement, Iznik (Turquie), XVIe siècle. Pâte siliceuse engobée, décor peint aux glaçures colorées © RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) / Martine Beck-Coppola

IMG_Faycal_Baghriche

Fayçal Baghriche, Souvenirs, 2012. Globe lumineux en plastique, moteur, Ø 80 cm. Galerie Campagne Première, Paris © Galerie Campagne Première, Paris

e0088b2cdb080383ffbd34bb6ac0ce40

La-Route-bleue_12_2

Sahand Hesamiyan, Sulook, 2012. Installation : structure métallique peinte, lumières blanches © Galerie The Third Line, Dubaï