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Exceptionnelle commode réalisée d’après le médailler de Louis XV à Versailles par Antoine-Robert Gaudereaus en 1738, attribué à Henri Dasson (1825-1896), Paris, vers 1880. Photo Marc-Arthur Kohn SVV

Bâti de chêne, bois violet, bronzes dorés et marbre brèche d’Alep. H. 92 cm, L. 175 cm, P. 66 cm. Estimation : 90 000 € / 120 000 €

Excepté l’absence d’écaille verte au fond des médaillons des vantaux, cette commode se révèle être parfaitement fidèle, tant dans sa forme que son décor, au médailler commandé par Louis XV pour le Cabinet Des Médailles de Versailles à l’ébéniste Antoine- Robert Gaudereaus (vers 1682-1746), reçu Maître en 1702.
Sa façade chantournée ouvre à deux vantaux et s’agrémente d’un décor en croisillon en bois violet.
On retrouve ce même type de placage sur les côtés, fortement sinueux, marquant encore le style développé sous la Régence.
Elle se pare d’une foisonnante ornementation de bronzes ciselés et dorés d’une remarquable qualité.
La batée centrale séparant les deux vantaux est garnie d’une cariatide. Chaque porte est centrée d’un médaillon composé d’enfants montés sur le dos d’un animal. Des guirlandes de fleurs, de rinceaux et de rubans encadrent le pourtour.
On notera la présence de médailles disséminées sur la façade, renvoyant à l’univers de la numismatique auquel ce meuble était destiné au XVIIIe siècle.
Les flancs reçoivent un décor similaire.
Les quatre pieds sont garnis également de bronzes ciselés et dorés à têtes de béliers et feuilles d’acanthe.
Dans l’œuvre livrée pour Versailles, Louis XV avait décidé d’associer à l’ébéniste Gaudereaus la grande dynastie de sculpteurs des frères Slodtz (Sébastien-Antoine (1695-1754) – Paul-Ambroise (1702-1758) – René-Michel (1705-1764)) pour l’exécution des bronzes. Notre commode est coiffée d’un dessus de marbre brèche d’Alep.
En 1738, le médailler du Roi était ainsi décrit : « un beau et riche et cabinet en forme de commode, de bois violet, à placage, chantourné et à dessus de marbre gris d’Italie.
Le devant s’ouvre à deux battants, fermant à clef, orné de deux médaillons ovales d’après l’antique… » Cette description, qui correspond parfaitement à notre meuble, témoigne du grand savoir-faire des ébénistes du XIXe siècle qui, pour certains d’entre eux, s’étaient fait une spécialité de la copie de meubles du XVIIIe siècle, rivalisant de technicité et d’ingéniosité pour approcher la qualité des créations de leurs anciens.
Une commode similaire à la nôtre et portant la signature du grand bronzier-ébéniste Henri Dasson est reproduite dans l’ouvrage par Christopher Payne, European Furniture of the 19th century, p. 78
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On sait que Dasson réalisa à plusieurs reprises des copies des meubles royaux du XVIIIe siècle comme le célèbre bureau de Louis XV ou des créations proches de ce grand style.
Il jouissait d’une très grande notoriété comme le narrent les rapports des Expositions Universelles auxquelles il participait. Ainsi, à propos d’une copie du bureau de Louis XV, acquise par Lady Ashburton, il était écrit : « N’égale t-elle pas l’original pour la délicatesse et le fini du travail ? ».

Marc-Arthur Kohn SVV. Paris, hôtel Le Bristol, mercredi 10 septembre, à 15 h. Tel: +33 (0) 1 44 18 73 00.